A toutes les personnes qui sont convaincus qu’il existe toujours une autre solution. 

Janvier 2014, Tours, France. Me voilà debout, frêle, au milieu d’une salle et devant cinq officiers haut gradés de l’armée de l’air scrutant les moindres plis de mon uniforme de cérémonie. Sans défenses, en proie aux regards inquisiteurs de mes jugent, mes pensées tentent de s’évader de ce tribunal, mais mon corps, lui est incapable de bouger, immobile et attendant la sentence finale. Le temps semble s’être complètement arrêté lorsque le colonel, chef de l’assemblé prend une longue respiration et se met à parler : 

« Nous avons voté, et a l’unanimité, nous avons décidé que vous ne poursuivez pas votre carrière. Vous n’avez pas montré les qualités nécessaires pour prétendre au métier de personnel naviguant, et vous en êtes ainsi radié. À compter d’aujourd’hui, vous pouvez adresser vos choix de réorientation qui… » (Je fut incapable de saisir la suite)

Et c’est ainsi qu’après 2 ans et demi de sacrifices et d’efforts, mon rêve de devenir copilote de chasse s’arrêtait net, sans possibilité de revenir en arrière, et sans savoir ce que j’allais faire à l’avenir. 

J’étais désemparé, désoeuvré, à court de solution, en fin de bande, au bout du rouleau, en proie à la dépression, et j’étais incapable de relativiser et prendre du recul sur ma situation. 

Néanmoins, en ressortant de cette salle, de ce tribunal, je me sentais au fin fond de moi, soulagé. Mon rêve s’arrêtait là, et avec lui toutes les idées d’avenir que j’avais imaginé. Mais quelque chose venait de remonter à la surface, quelque chose provenant de mon enfance enfouie, quelque chose de frais et de spontané. Ce quelque chose, c’était le sentiment de liberté absolue. Je me sentais non plus « pion » dans l’échiquier hiérarchico-militaire, mais électron libre dans un univers en mouvement perpétuel. 

Préférez vous être un pion sur une table de jeu, ou une particule autonome interagissant avec son environnement ? 

On m’annonça que mon contrat prendrait fin six mois plus tard (les lenteurs de l’administration publique m’ont toujours impressionné, mais cette fois c’était à mon avantage) et on m’affecta à une tache annexe (comprendre « à se tourner les pouces »). Cela me laissait donc du sursis pour reprendre ma vie en main. Six mois, cela peut paraître énorme (et ça l’est peut-être), mais passer d’une vie où pendant les trois années passées, l’armée décide quotidiennement pour nous, à une vie où chaque matin est un nouveau challenge avec son lot de choix demande un certain temps d’adaptation. Bref, j’avais six mois devant moi pour reprendre les rennes de mon existence. Qu’allais-je bien pouvoir faire de ma vie ? 

Que pourriez vous bien faire de votre vie si demain, pour une quelconque raison, vous ne poursuiviez pas votre vie actuelle ? 

J’aurais très bien pu, comme les conseils que j’ai pu recevoir à ce moment là, profiter de ce temps pour rechercher un emploi. En réalité je n’avais aucune envie de galérer à faire des démarches pour trouver un boulot qui « paierai les factures ». Non, j’avais de plus grands espoirs, et même si je n’avais pas idée de comment je gagnerai ma vie quelque temps plus tard, j’avais confiance en l’avenir, je trouverai une solution le moment venu, il se passerai quelque chose lorsque j’en aurai besoin. J’étais donc juste optimiste, sans aucune garantie sur mon destin. Ce qui me permettait de rester serein, c’était une idée toute simple, mais tellement puissante. Une idée capable de fournir le courage pour toute les décisions difficiles. Une question à se poser capable d’effacer toutes les peurs non-létales, les doutes et les blocages. Cette question est la suivante : 

Quel est le pire qui puisse se produire si je prend cette décision ? 

Si elle ne suffit pas à elle seule, on peut lui ajouter : Quel est la meilleure chose qui puisse se produire ? 

Avez-vous répondu à ces quelques questions pour vous-même ? Je veux dire, vraiment pris le temps d’y réfléchir et de noter (très important) les réponses. Si c’est non, il est tant de vous y mettre, et de partagez vos réponses dans les commentaires !